La trajectoire récente de OnePlus repose de plus en plus sur deux zones géographiques bien identifiées. D’après les estimations relayées par plusieurs observateurs du secteur, plus de 74 % des volumes écoulés proviennent aujourd’hui de la Chine et de l’Inde. Une telle concentration modifie profondément l’équilibre de la marque, qui s’était pourtant construite à l’international, notamment en Europe.
Ce recentrage s’explique en partie par la structure du marché. En Inde, OnePlus conserve une base solide sur le segment intermédiaire, avec des ventes soutenues sur la série Nord. En Chine, la proximité avec sa maison mère Oppo facilite la distribution, la logistique et la production. À l’inverse, en Europe, les coûts liés à la distribution, au marketing et aux obligations réglementaires pèsent davantage sur les marges.
Les chiffres du marché smartphone renforcent cette lecture. En Europe de l’Ouest, la croissance des ventes reste faible depuis plusieurs années, avec une progression estimée à moins de 2 % en 2025. Dans le même temps, les marques chinoises comme Xiaomi ou Oppo accentuent la pression sur les prix. Pour OnePlus, maintenir une gamme premium dans ces conditions devient plus difficile à rentabiliser, surtout face à des géants comme Apple ou Samsung qui dominent déjà le haut de gamme.
Les rumeurs évoquent une décision lourde de conséquences. Les futurs smartphones haut de gamme, notamment les potentiels OnePlus 16 et 17, pourraient ne jamais être lancés officiellement en Europe ni aux États-Unis. Une telle orientation marquerait une rupture nette avec la stratégie initiale de la marque, qui avait bâti sa réputation sur des modèles puissants proposés à des prix agressifs.
Ce repositionnement ne serait pas uniforme selon les régions. En Inde, OnePlus continuerait d’exister, mais avec une offre recentrée sur des appareils plus accessibles. Le segment premium pourrait être progressivement laissé à Oppo, qui dispose déjà d’une image plus installée sur certains marchés. Cette redistribution interne des rôles permettrait au groupe de limiter les doublons tout en optimisant ses investissements.
Les données financières donnent un éclairage supplémentaire. Sur certains marchés européens, les distributeurs signalent des marges inférieures à 10 %, jugées insuffisantes pour soutenir les ventes sur le long terme. À titre de comparaison, les marges sur les modèles premium dépassent souvent 20 % chez les leaders du secteur. Ce décalage fragilise la présence de OnePlus dans les circuits de distribution traditionnels.
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Plusieurs signaux récents renforcent les interrogations autour de l’avenir de OnePlus en Occident. Des réductions d’effectifs ont été observées dans différentes filiales, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et en Allemagne. Même si les chiffres exacts ne sont pas toujours publics, certaines estimations évoquent des coupes pouvant atteindre 20 à 30 % des équipes locales.
En parallèle, certains revendeurs ont discrètement réduit leur catalogue. Dans plusieurs enseignes, les smartphones OnePlus sont moins visibles, voire absents des rayons. Cette situation ne repose pas uniquement sur une baisse de la demande, mais aussi sur des arbitrages commerciaux. Lorsque les marges deviennent trop faibles, les distributeurs privilégient naturellement d’autres marques plus rentables.
Le contexte global du marché accentue ces tensions. En 2025, les ventes mondiales de smartphones ont progressé de seulement 3 %, selon IDC, avec une forte concentration des bénéfices chez quelques acteurs dominants. Dans cet environnement, les marques de taille intermédiaire doivent faire des choix rapides pour préserver leur rentabilité, quitte à abandonner certains territoires.
À ce stade, OnePlus n’a pas confirmé ces orientations de manière officielle. La marque avait déjà démenti des rumeurs similaires quelques mois auparavant, ce qui invite à rester prudent. Toutefois, l’accumulation d’indices rend le scénario d’un retrait partiel plus crédible qu’auparavant.
Cette situation soulève une question importante pour les utilisateurs actuels. Si la présence de la marque diminue en Europe, le suivi logiciel et les mises à jour pourraient devenir plus incertains. Aujourd’hui, OnePlus promet généralement trois à quatre ans de mises à jour Android et de correctifs de sécurité. Mais ces engagements reposent aussi sur une organisation locale capable d’assurer le support.
Enfin, la perception de la marque pourrait évoluer. OnePlus s’était imposée comme une alternative attractive aux leaders du marché, avec un bon équilibre entre prix et performances. Une réduction de sa présence en Occident risquerait de modifier cette image, en la recentrant davantage sur ses marchés historiques. Pour les consommateurs européens, cela pourrait se traduire par moins de choix et une dépendance accrue aux marques déjà dominantes.